• 12 décembre 2016

Transition numérique et mobilité : comment les assureurs révisent leur modèle économique ?

Transition numérique et mobilité : comment les assureurs révisent leur modèle économique ?

1024 480 Entreprise 365

Voici, coup sur coup, que plusieurs articles sont publiés dans des revues spécialisées, sur la transition numérique des assureurs. En effet, il est intéressant d’observer comment les assureurs opèrent leur transformation numérique non pas pour s’adapter aux technologies, mais bien pour s’adapter aux évolutions des comportements liés à la mobilité. Dans cet article nous analyserons comment les assureurs réagissent de façon très pragmatique aux nouveaux comportements liés à la transformation numérique de l’économie.

Difficile de passer à côté, l’industrie du transport évolue, à commencer par la sémantique. En effet, nous glissons depuis le terme « transport », qui désigne le moyen, vers le terme « mobilité », qui désigne davantage le comportement. Le transport (i.e la mobilité) devient une commodité : débat sur la gratuité des transports publics, déploiement des tram-métro y compris dans de petits villes, pistes cyclables et vélos électriques,  véhicules électriques, véhicules autonomes, VTC, auto-partage, location entre particuliers, location longue durée (désormais offerte directement et parfois même exclusivement par les constructeurs), co-voiturage… Autant d’indices de la transition que nous vivons depuis la possession d’un moyen de transport à l’usage de la mobilité.

Comment la transformation numérique associe technologies et comportements : la dialectique du co-voiturage

Prenons par exemple le co-voiturage. Certains diront qu’il ne s’agit finalement que d’une forme d’auto-stop améliorée. Et ils auront raison ! A ceci près que le co-voiturage apporte la souplesse inhérente au véhicule particulier face aux transports en commun et retranche les problématiques, essentiellement financières, de possession d’un véhicule. Mais le co-voiturage apporte également un peu plus :

  • Il permet également de flatter la conscience environnementale grandissante : un plus fort taux d’occupation des véhicules, c’est également moins de bouchons et c’est moins de pollution.
  • Pour certains, le co-voiturage est également un acte citoyen : rencontre, lien social, sécurité encouragé par des pouvoirs publics qui investissent dans des aires de co-voiturage. Une option  intéressante pour réduire le trafic trop dense ?
  • Il peut également constituer un revenu complémentaire ou tout du moins une participation au frais, parfois étayer par des avantages en nature tels que des frais d’autoroute réduits.

Le co-voiturage accompagne et s’accompagne d’une évolution des comportements. Mais sans les évolutions technologiques récentes, son essor n’aurait certainement pas été le même, et nous serions restés au bon vieux panneau en carton avec le pouce levé sur le bord de la route, et des engagements toujours très aléatoires quant à notre heure d’arrivée. Le taux d’équipement de smartphone, la disponibilité des réseaux 3G, la standardisation des applications mobiles … sont venus enrichir le co-voiturage : des parcours plus précis, des mises à jour en temps réel, l’absence de transaction monétaire dans le véhicule, un système de paiement sécurisé, des notes et des commentaires des passagers sur les chauffeurs pour rassurer les parents inquiets…

Je covoiture

Par la même occasion, c’est un pan entier de l’économie souterraine qui devient visible. En mesurant les mises en relation et les kilomètres parcours, nous mesurons enfin l’ampleur du phénomène, à tel point qu’un acteur comme Blablacar, jeune pousse française créé en 2004, devient aujourd’hui le leader européen du co-voiturage. Qui aurait pu imaginer une valorisation à plus d’1 milliards de dollars pour un service d’auto-stop ?

Blablacar, dans sa quête d’hégémonie, donne par la même occasion une belle illustration du phénomène «winner takes it all». Quel concurrent viendrait aujourd’hui attaquer Blablacar sur son coeur de métier ? Les investissements consentis par la désormais Licorne pour gagner quelques (dixièmes) d’euros par courses et pour constituer une véritable communauté d’usagers, lui offrent aujourd’hui une situation de quasi-monopole.

Mais rappelons également que dans le même temps, les ventes de véhicules neufs n’avaient pas été si bonne depuis longtemps …  difficile donc de dire que le co-voiturage tue le véhicule autonome.

Pourquoi les assureurs doivent réviser tout leur business model ?

Une analyse similaire pourrait être effectuée sur les nombreux autres indices de l’évolution de la mobilité, mais cela se ferait au détriment de la lisibilité du présent article 🙂 Toutes ces transitions, un peu technologiques, mais surtout comportementales ont des incidences directes sur les secteurs connexes. Ainsi, et peut être afin d’éviter un phénomène de Kodakisation (c’est-à-dire avoir conscience d’un risque mais ne pas le prendre en considération au bon moment), le secteur de l’assurance semble suffisamment anticiper les changements à venir du fait de la transformation numérique de l’économie. Pour un assureur comme la MAIF, l’assurance automobile représente tout de même près de 60% de son chiffre d’affaires.

Basiquement, le modèle statistique des assureurs consiste à s’assurer, (c’est le cas de le dire) que la somme des cotisations annuelles des adhérents couvre l’ensemble des frais engagés pour dédommager les assurés ayant subis des préjudices, plus les frais de fonctionnement et une marge pour l’ensemble des assurés. Or ce modèle très macro dans son approche est en train de voler en éclat du fait d’une fragmentation des comportements. Il devient en effet difficile de faire ressortir un nombre réduit de tendances majoritaires. Au contraire les indices que nous listions en début d’article ne sont que les signaux d’une pluralité de comportements centripètes. Quelles sont les incidences pour les assureurs ? Même s’ils ont déjà commencé, les assureurs vont devoir être en mesure de proposer toujours plus de sur-mesure, tenant compte de la multi-modalité, au risque de voir leurs parts de marché progressivement grignotées par de nouveaux entrants hyper spécialisés :

  • pour l’assuré qui utilise de façon ponctuelle son véhicule pour faire du co-voiturage
  • pour l’assuré qui selon la météo utilise son 2 roues, son véhicule de loisir ou les transports en commun
  • pour l’assuré qui roule le week-end en co-voiturage et utilise du partage de véhicule en semaine

Pour certains l’avenir de l’assurance est donc basé sur un modèle personnalisé dans lequel les data et leur traitement à une échelle quasi-individuelle, permet d’établir des polices et des prises en charge sur-mesure. Le risque est donc important pour les assureurs de voir les GAFA , à commencer par Google, proposer des polices d’assurance.

  • Avec le co-voiturage : plus de passagers à bord d’un véhicule, et une utilisation différente des véhicule selon la semaine et le week-end. En cas d’accident qui est responsable pour qui ? Certains assureurs communiquent déjà sur le fait qu’ils assurent par défaut tous les passagers.
  • Avec la démultiplication des véhicules et un taux d’équipement supérieur à un véhicule par foyer, les assureurs proposent désormais des forfaits adaptables selon le véhicule utilisé, à l’image des flottes de véhicule d’entreprise.Nissan et Microsoft
  • Avec des voitures neuves bardés de capteurs en tout genre, les fabricants automobiles collectent des volumes gigantesques de données qui constituent autant de preuves effectives des comportements des automobilistes. Ces mannes d’informations devraient permettre aux assureurs de construire leur contrat d’assurance sur mesure, à l’usage. Pour l’assureur la profusion de data directement issues des véhicules change la donne et les méthodes de calcul des bonus et des primes. Si les modèles étaient évalués statistiquement sur un grand nombre d’assurés, il devient possible pour les fabricants automobiles de valoriser les datas comportementales auprès de tiers. La récente annonce de l’accord de partenariat entre le groupe Renault-Nissan et Microsoft, mais également le plan digital de Carlos Tavarez pour PSA vont dans ce sens. Les groupes automobiles passent de vendeur de véhicule à l’interlocuteur privilégié des solutions de mobilité pendant, avant et après l’achat.
  • Enfin, avec l’émergence des véhicules autonomes : quid de la responsabilité ? fabricant de la voiture, automobiliste robot, développeur de l’intelligence artificielle… Ces questions ont déjà défrayés les chroniques, il y a quelques années avec les premiers cas de « défaillance supposés des régulateurs de vitesse » ou des différents systèmes d’aide à la conduite.

Face à ces changements la revue IT For Business synthétise quelques recommandations :

  • oser remettre en cause son business model
  • ne pas nier les évolutions du paysage de la mobilité,
  • collecter et exploiter les données afin de mieux prévenir les risques
  • construire des relations cross sectorielles avec les constructeurs

Comment les assureurs réagissent-ils face à la transformation digitale ?

Ces considérations stratégiques relèvent de la direction générale des entreprises. Mais les DSI sont sur le pont et leur place au sein des entreprises grandit (ce qui n’est pas toujours le cas ;). Pour les grands assureurs français la DSI semble devenir le bras armé pour l’offensive et constitue un véritable atout business. Tout le métier d’assureur est désormais lié au numérique : analyse du risque, contentieux, conception des produits, tarification, souscription, gestion du contrat.

Toujours chez la Maif, c’est près de 200M€ qui ont été investi sur 4 ans et auxquels il faut ajouter un plan de financement de l’innovation via un portefeuille de start-up à hauteur de 125M€.

Challengés par les nouveaux acteurs issus du web, les assureurs travaillent également à réduire le coût des ventes avec une meilleure articulation de la chaine marketing-commerce. Là encore des technologies innovantes sont expérimentées : reconnaissance faciale, empreinte vocale, pour identifier très en amont le genre et l’age,

Enfin, c’est également un rapport au temps qui change, ainsi chez Axa, 60% des projets passent désormais en méthode agile afin de sortir rapidement des prototypes et des produits au bout de quelques semaines.

livre-blanc-transformation-digitale-de-entreprise

Carnet de Santé Digital de l'entreprise

Découvrez notre guide illustré vous permettant de mieux comprendre et mesurer l’impact de la transformation digitale sur votre entreprise.

Télécharger
1 commentaire

Laisser une réponse

Join our Newsletter

We'll send you newsletters with news, tips & tricks. No spams here.

Contact Us

We'll send you newsletters with news, tips & tricks. No spams here.